Nouvelle rentrée avec des espoirs...

Je sais bien qu'il faudra du temps avant que des réformes et des décisions lourdes de sens soient prises mais il est frustrant de constater que :

  • des élèves ayant besoin d'un AVS (assistant de vie scolaire) se retrouvent sans personne ou avec quelques heures seulement...
  • les effectifs sont toujours chargés (et on s'étonne ensuite que les élèves ne cartonnent pas à l'oral)
  • le nombre de surveillants ou d'assistants pédagogiques est toujours risible... Surveiller 400 gamins quand on est deux dans la cour... mais bien sûr...
  • pas assez de sous pour des dotations de TBI ou de vidéoprojecteurs...
  • des élèves avec des besoins particuliers qui se retrouvent noyés dans la masse du collège unique alors qu'ils auraient besoin d'une structure plus adaptée...
  • les zones sensibles n'ont toujours pas de conseiller d'orientation psychologue, d'assistante sociale ou d'infirmière à temps plein...

Il est de bon ton de dire que les profs râlent tout le temps... Mais pour qui râlent-ils exactement ?
Pour eux ? Je ne crois pas avoir réclamé à cor et à cri une hausse de salaire ou un équipement high-tech de fou... Certains diront même que je suis débile car avec mes propres deniers, j'ai investi dans un vidéoprojecteur afin de travailler comme je le souhaite, afin de rendre mes cours plus ludiques et variés, afin que les élèves reçoivent un enseignement de qualité qui les motive, que tous les moyens soient mis en oeuvre pour leur permettre de progresser vite et bien...
On râle parce qu'on se sent impuissant face à l'échec de certains élèves, face à leurs difficultés qui ne sont pas forcément dues à un manque de travail ou de la paresse... mais qui ont tout avoir avec leurs conditions d'apprentissage.

Parce que sous des dehors cyniques, caustiques, trash... vous, qui me lisez depuis longtemps, avez sans doute bien compris quelle frustration et quel écoeurement je ressens quand je vois beaucoup de mes élèves ne pas progresser aussi vite qu'ils le pourraient... Ce n'est ni ma faute, ni de la leur... La faute à un système poussiéreux qui depuis cinq ans commençait dangereusement à considérer l'école comme une entreprise à manager. Je garde espoir que les choses s'améliorent peu à peu... Naïveté ? Sans doute. Mais si je pars du principe que rien n'évoluera dans le bon sens... pfff... autant aller se recoucher ou se reconvertir.

En cette rentrée, j'ai pu voir les progrès d'élèves que je suis depuis un bon moment. Je suis fière de moi, je suis fière d'eux, de leur parcours. Et quand je croise un prof de lycée qui se dit épaté par les qualités d'expression écrite de tel ou tel élève, je bois du petit lait car je sais que je ne suis pas étrangère à cette réussite, que j'ai su les guider, les motiver pour qu'ils exploitent leurs capacités à fond les ballons. Plus le temps passe, plus je réalise à quel point on délaisse ces élèves pour consacrer un maximum d'énergie à ces élèves non-motivés qui ne se mettront jamais au travail. Les élèves choupi sont là, plus discrets souvent, plus autonomes... On a l'impression qu'ils ont moins besoin de nous... c'est un leurre qu'il est parfois difficile de surmonter et d'équilibrer.

Bon, histoire de râler et biatcher quand même, j'ai pas mal été interloquée en entendant au zapping de Canal, les propos d'une enseignante lors d'un reportage du JT de France 2 concernant le portable au collège dont l'usage lui paraît bénéfique en cour de récréation... Captivés par leurs SMS ou musique, ils en oublient de se battre...
Mouais. C'est quand même dommage de devoir trouver un palliatif technologique pour éviter les bastons et les insultes. Surtout que le portable est aussi source d'envie, de jalousie, de discorde en pleine cour de récré... Des SMS qui font circuler des rumeurs sur un élève... Des vols, de la casse... La question du portable reste très épineuse et délicate. Il n'est pas question de savoir s'il est judicieux qu'un ado de 12 ou 13 ans ait un Samsung Galaxy, c'est du cas par cas (même si dans la majorité des cas, je trouve ça bien trop tôt ou vite sujet à dérapage et abus...) mais après tout, ça regarde les familles... sauf que lorsque ça a des répercussions au bahut, ça devient également NOTRE problème. Si le portable était sagement rangé au fond du sac, éteint... utile uniquement sur la route du collège ou en cas de super-urgence... pas de souci... mais encore une fois, c'est l'abus qui crée l'interdiction ou la sanction. À quand l'harmonisation d'un vrai règlement concernant le téléphone portable à l'école ?

Je rebondis également sur des mails que j'ai reçus concernant le fait que je trouve particulièrement pas judicieux de laisser son mouflet seul à la maison le soir pour cause d'horaires de travail pas choupi.
Je persiste et signe. Laisser son môme de 5, 8 ou 13 ans constamment seul entre 17h et 21h voire plus tard... ben c'est effectivement pas youpi-youpi. Pour des raisons de sécurité tout d'abord, ça me paraît évident. Je repense à cette mère d'élève affolée car son mari, censé garder les enfants âgés de quelques mois à 5 ans, pendant qu'elle était à la réunion parents/profs avec ses deux aînés, s'était tiré boire un coup avec ses potes, laissant les gamins dans leurs lits... affolée quand elle a appelé pour dire qu'elle aurait du retard et que c'est le petit de 5 ans qui a répondu en disant que ses frère et soeur pleuraient à chaudes larmes...
Laisser un enfant de 10 ans seul du moment où il rentre de l'école au moment où il va se coucher doit, selon moi, être exceptionnel voire méga-temporaire parce qu'un enfant a besoin d'un cadre et de limites que sa nouvelle autonomie ne pourra pas lui donner. Il ne faut pas se leurrer, on parle d'un enfant et rares seront ceux qui agiront exactement comme ils le feraient si leurs parents étaient là... Les devoirs retardés ou expédiés... jouer tout son soûl à la console... manger des chips pour le goûter... boire deux grands verres de coca en surfant sur Facebook. La tentation est grande d'être moins rigoureux et je comprends facilement ces élèves qui bâclent leur travail ou qui n'ont pas envie d'approfondir leur travail. Alors, bien sûr, je ne suis pas débile, je sais bien que parfois on n'a pas le choix... mais dans la mesure du possible, il y a bien quelqu'un de la famille, un voisin, un ami, les parents d'un copain de classe qui peuvent régulièrement checker que le gamin va bien voire le prendre en charge quelques heures ou une nuit de temps en temps... Le laisser totalement seul doit être TEMPORAIRE et ne doit pas durer toute l'année scolaire... J'ai l'impression d'enfoncer des portes ouvertes en écrivant ça...

Je m'insurge enfin contre mes congénères qui, effectivement, ont des demandes de fournitures chelou, introuvables, voire hors de prix... Nous ne sommes pas tous comme ça malgré ce qu'en disent les médias qui donnent l'impression que tous les profs se frottent les mains à l'idée des sueurs froides qu'ils vont filer aux parents avec leur kit de pinceaux en poil de Kangourou de Guinée à 17.90 € pièce ou leur cahier 30x32 à grands carreaux, sans spirale, trouvable uniquement sur un site spécialisé qui livre sous trois semaines. Je me souviens des cours d'arts plastiques quand j'étais au collège avec des crayons de couleur obligatoirement de telle marque, des crayons HB, des crayons2B ou des tubes de gouache dont on ne servait quasiment pas... Mais rassurons-nous, la majorité des profs n'a pas des exigences de dingue qui donnent des envies d'acide chlorhydrique dans la gueule.

Bon courage aux profs ♥ Bon courage aux élèves choupi, accrochez-vous, ne cédez pas à la facilité de l'oisiveté ♥

Le Biatchounours continue sa pause en attendant de chouettes nouvelles concernant l'instruction des enfants.

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