Cette polémique sur le bien-fondé des devoirs à l'école primaire et au collège me passionne tout en me hérissant les poils si j'en avais.

Compte-tenu du nombre de commentaires et de mails que je reçois, j'en conclus que je ne suis pas la seule à réfléchir, tergiverser, revendiquer.

Tout d'abord, il faut partir du postulat que les devoirs englobent l'apprentissage des leçons ET les exercices d'application. C'est un tout, les deux sont indissociables. On révise ce qu'on a fait le jour même, puis on vérifie qu'on sait le refaire tout seul, sans modèle.

Les devoirs ne représentent pas forcément quelque chose de long et de fastidieux. Particulièrement à l'école primaire où il suffit de faire réécrire quelques mots, apprendre de petites choses par coeur, lire une histoire... Je suis effarée quand je vois les 4èmes prendre leur calculatrice pour 7x8...
Au collège, je demande aux élèves de simplement relire leur leçon avec parfois un petit exo pour le lendemain. S'il se passe trois ou quatre jours entre deux séances, le travail est un peu plus conséquent. Les règles sont à savoir par coeur, il faut être capable d'écrire sans erreur le vocabulaire... Ça demande de l'entraînement et de la répétition.
Je suis bien d'accord qu'en tant qu'enseignant, il faut réfléchir à la quantité de devoirs que l'on donne, il faut que ces devoirs soient une passerelle vers une certaine autonomie. Les exos que je donne sont généralement faciles, ils sont aussi là pour rassurer un élève, pour lui dire "t'as bien écouté en classe, t'as participé, t'as compris ce qu'on a fait... et t'as vu... maintenant, tu sais le faire tout seul !". Je garde les exercices plus difficiles pour le cours afin qu'ils ne se sentent pas paumés et découragés. Ce discours ne vaut que pour les élèves choupi... Ceux qui ne branlent rien et qui n'ont pas acquis de vraies méthodes de travail sont incapables de travailler efficacement et se retrouvent le soir devant un cahier mal tenu qu'ils n'ouvriront pas, préférant un mot dans le carnet ou une punition... tout sauf faire un effort intellectuel.

Vous êtes beaucoup à me demander la fiche step-by-step que je donne aux 6èmes. J'ai la flemme de trier les commentaires et les demandes sur Facebook.
Demandez-la moi sur foodamour@free.fr et je vous l'enverrai très vite.

Si les exercices, à l'instar des antibiotiques, ne sont pas automatiques, l'apprentissage doit, en revanche, être systématique.
Cependant, certains iront même jusqu'à dire que théorie sans pratique n'est que ruine de l'âme...

Il y a un argument de la FCPE que je trouve particulièrement naze, mais alors NAZE et que j'ai lu sur le blog Prof en Campagne qu'un choupi lecteur m'a envoyé.
Argument de folie : ça soule les parents de surveiller les devoirs, de booster leur gamin pour qu'il révise et fasse ses exos. Et même que ça n'est pas normal pour un enfant comme pour un adulte de revenir du taf avec du travail à effectuer.
Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE nous dit donc tranquillou-bilou : "Quel parent accepterait de rentrer après sa journée de travail avec des heures supplémentaires à faire ?"
Euh... Bah plein de parents, mon bon Monsieur. Les profs, notamment ;-)
Donc en gros, comme ça fait chier certains parents de dire à leur rejeton "dis-donc Donovan, tu vas lâcher le nutella et la Wii et aller apprendre ta table de 9", ça serait choupi que le temps familial ne soit consacré qu'aux loisirs. Certains charlatans psychologues expliquent que les devoirs sont toujours source de tensions car les parents sont impatients, ont hâte de se débarrasser de cette corvée et que le pauvre petit chouchou n'est pas forcément disponible et enclin à travailler et que donc, il faut respecter son rythme.

J'ai tout simplement envie de dire : ce ne sont pas les devoirs qu'il faut éradiquer... ce sont les parents qu'il faut éduquer.

Effectivement, si le parent envisage les devoirs de son môme comme une corvée et lui fait bien sentir que ça le fait grave chier... il y a de fortes chances qu'il transmette ses mauvaises ondes à sa progéniture qui, elle, aussi, percevra les devoirs à faire comme une sorte de punition, l'empêchant de glander sur le canap'.

LES DEVOIRS NE SONT PAS UNE PUNITION. BORDEL.

Ça paraît évident de le dire mais apparemment ça n'est pas clair pour tout le monde... J'ai beaucoup de mal avec les enseignants qui disent aux élèves "si vous n'êtes pas sages, je vous rajoute plein d'exercices et de devoirs..." ou qui, en heure de retenue, leur file des exos de leur matière... Euh... ma matière n'est pas une punition. Une heure de colle est rébarbative et ne sert à rien d'autre qu'à dire "t'as vu un peu les conséquences chiantissimes de tes actes ?". Je ne donne JAMAIS d'anglais à faire durant ces heures de colles, je file les règles du cours à recopier, des rédacs avec un thème lié à la connerie de l'élève...
Il faut selon moi travailler à fond sur la satisfaction que procure la connaissance... Apprendre est aussi source de plaisir... mais au fur et à mesure, l'effort est devenu une contrainte à laquelle il faut échapper dès qu'on en a les moyens. Je passe un temps fou à expliquer aux élèves que le travail que je leur donne n'est pas fait pour les empêcher de jouer ou pour les "occuper" ambiance garderie forever... Le travail que je leur donne permet de développer leur esprit, leur mémoire, de construire une partie de leur savoir, d'organiser leur pensée... Bref, tout ce qu'ils apprennent sérieusement et efficacement conditionne leur vie future. "Vous construisez l'adulte que vous serez demain les p'tits loups" ai-je l'habitude de leur répéter.

Je n'en peux plus non plus de cet argument violent et complètement débile sur le fait que "l'éducation nationale fait faire aux familles de la sous-traitance pédagogique" ... "Contraint de se glisser dans les habits du professeur, le père ou la mère peut interpréter comme un échec personnel son incapacité à aider son enfant".

On ne va quand même pas remettre en cause l'utilité des devoirs parce que des parents ne sont pas foutus d'appréhender la scolarité de leur gamin ?!
NON, PUTAIN, les parents ne se glissent pas dans les habits du professeur :-| Les parents sont des ÉDUCATEURS, ils ne peuvent pas UNIQUEMENT faire des câlins et jouer au Mikado avec leurs mouflets. Être parent, c'est aussi guider, conseiller, surveiller son gamin et OUAIS, parfois à 18h, t'as juste envie de mater Jérémy Ferrari sur France 2 et t'as pas forcément envie de te taper la poésie niaise de la petite. Sauf que pas de chatte, l'adulte responsable qui donne l'exemple, c'est TOI, le parent. Alors, tu bouges ton cul, tu souris, tu encourages et valorises le boulot de ta fille.

On donne une mauvaise image des devoirs uniquement pour justifier et excuser l'évolution d'une société paresseuse.
On ne parle que de ces devoirs maison inutiles parce que des élèves se contentent d'un vague copié/collé de Wikipédia, parce que des élèves passent beaucoup de temps sur des forums à chercher des réponses et des corrigés, parce que des élèves monopolisent papa, maman, tonton Jean-Jacques et Mamie Pruneau pour faire le DM à leur place... Comme si on devait s'adapter aux feignasses... On oublie ces élèves qui bossent réellement, qui prennent PLAISIR, oui PLAISIR, à chercher, trouver, comprendre...
Tant que des parents feront les devoirs à la place de leur enfant, tant que des parents renverront une image négative et erronée des devoirs, tant que des parents ne rempliront pas correctement leur rôle d'éducateur... bah effectivement, les devoirs auront une sale réputation.

Les commentaires sur le blog mis en place par la FCPE me font hurler... (on me souffle dans l'oreillette que les commentaires publiés sont ceux en faveur de cette mesure... petite censure à l'horizon ? Des lecteurs ont tenté de faire valider leurs commentaires courtois mais clairs sur la question... en vain)

On va réellement finir par devoir mettre en place des cours de parentalité avec un atelier "Comment participer efficacement à la scolarité de mon enfant ?"...
Règle number one : aider son enfant ne signifie pas "faire à sa place tout en lui expliquant vaguement".
Règle number two : s'assurer que l'enfant respecte bien les méthodes de travail prodiguées par l'enseignant. Genre on ne se précipite pas sur les exercices à faire. On relit d'abord la leçon, on l'apprend, on la récite... On peut faire la moitié des exos avec le cahier, puis l'autre moitié sans modèle pour bien s'assurer qu'on sait le faire tout seul.

Encore une fois, pas de devoirs en primaire = gros coup de massue en arrivant au collège. Il faut peu à peu enseigner à l'enfant la notion d'échéance, l'habituer à relire de lui-même ses cahiers, refaire les exercices en classe... Les devoirs ne sont pas une intrusion familiale, c'est aussi un moyen d'échanger avec son enfant, un moyen de l'encourager, de le rassurer... Et faut arrêter de déconner, à tous les parents qui hurlent que leur enfant passe des heures à bosser en primaire ou au collège au détriment de la vie familiale et des loisirs, j'ai envie de dire :

  • Soit l'enseignant donne trop de devoirs et dans ces cas-là, la communication est la clé. On organise une réunion courtoise avec plusieurs parents et l'enseignant et on explique son point de vue, on demande à l'enseignant de donner moins de devoirs du jour pour le lendemain, on DIALOGUE.
  • Soit vous vous organisez comme des tanches. L'enfant a des méthodes de travail inefficaces qui lui font perdre un temps fou. Le rythme familial ne convient pas et il faut l'adapter à la journée scolaire de l'enfant...

Je me rends compte aussi que malheureusement beaucoup de mes élèves sont SEULS le soir. Pas de parents à qui raconter la journée de cours, pas de parents pour surveiller les devoirs, pas de parents à qui montrer ce qu'on a compris et appris, pas de parents pour faire à goûter, parfois pas de parents pour préparer un dîner, parfois pas de parents pour faire le bisou du soir, pas de parents pour dire "allez, tu joues encore 10 minutes, ensuite tu te laves les dents et tu vas au dodo !"
Un gamin de 11 ans seul de 17h à 21h, ça me paraît aberrant. Personne pour le surveiller, lui parler, le câliner, le guider...
Et je ne jette pas la pierre à ces gamins dont les devoirs sont bâclés parce que forcément, ils n'ont pas tous la maturité suffisante pour s'obliger à arrêter de jouer pour passer le temps nécessaire à apprendre leurs leçons. Génération de parents qui n'ont pas le temps (et l'envie ?) d'élever leurs enfants ou qui ne veulent partager que des moments de détente avec eux... Génération de parents qui n'ont plus les clés pour guider leur enfant, qui se reposent sur l'école et qui se montrent agressifs et vindicatifs lorsque LEUR rythme de vie à eux est bouleversé par cette école qui prend sacrément en charge l'éducation de leurs mouflets...


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Voilà ce que j'avais envie de rajouter sur le sujet... Rien de très fun, une certaine amertume quand je vois les réactions et méthodes d'éducation de certains parents de mes élèves... Mais mon prochain article promet d'être un peu plus décapant, je fais un listing de tous les trucs de folie qui sont récemment arrivés à mes copains enseignants ;-)
Genre un élève qui arrive avec un certificat médical "INAPTE AU RANGEMENT"
To be continued...