Période d'hibernation, fruit sans aucun doute d'une certaine lassitude.

Lorsque je commence à écrire un article, j'ai l'impression de ressasser l'évidence, éberluée de certaines décisions des hautes sphères, atterrée par certaines méthodes d'éducation, alarmée par le niveau de certains élèves... Alors, je me tais pour ne pas passer pour la-prof-aigrie-alors-qu'elle-n'enseigne-que-depuis-sept-ans-cette-feignasse.

Je rêve d'un bahut où la cohérence et la communication régneraient. Où la courtoisie et l'échange constructif remplaceraient l'agressivité permanente et la critique insultante.

Je rêve d'enseigner à des collégiens élevés dans l'idée que le respect et la bienveillance sont la base de tout.

Je ne vous cache pas que j'attends impatiemment le mois de mai :

  • parce que le muguet c'est choupi
  • parce qu'il fait beau et qu'on peut mettre des ballerines et des robes plus légères
  • parce que peut-être Sarkozy quittera l'Élysée et la vie politique.

Comme vous le savez, je ne partage pas les idées de la Droite, je ne suis pas particulièrement émerveillée par le parcours de la Gauche non plus. Mais lorsque je vois en cinq ans le mal que Nicolas Sarkozy a fait à l'Éducation Nationale, je me demande comment un enseignant peut sérieusement envisager de voter pour lui. Même si ça me paraît toujours un peu obscur, je peux comprendre que l'on puisse voter à droite... mais voter Sarkozy... euh...nan. Ça, j'ai vraiment du mal à le concevoir.



Cette semaine, deux choses m'ont donné envie de chialer et de hurler dans un oreiller.

Cette engeance que représente le téléphone portable au collège

Je suis accro à mon iPhone. Je l'assume et l'admets pleinement. Mon côté geek est comblé par ce petit bijou de technologie et d'esthétisme, je surkiffe plein d'applications futiles et même parfois utiles, et j'hyperventile lorsque je suis en-dessous de 30% de batterie.
Mon iPhone me sert à quasiment tout (il manque tout de même l'option gaufrier en forme d'Hello Kitty! que j'espère voir apparaître pour l'iPhone 7S) : je prends des notes, je joue, j'écoute les infos, de la musique, je mate des vidéos, je planifie, je prends des photos, je consulte le plan du métro, je réserve un train, j'envoie des mails, je like les photos de chatons trop mignons sur Facebook, j'apprends plein de trucs, je mate des tableaux du Louvre parce que je n'étais plus sûre que La Mort de Sardanapale était bien une oeuvre d'Eugène Delacroix, j'écoute Pierre Bénichou imiter Claude François, j'envoie des milliers de sms aux gens que j'aime et parfois même, je les appelle ;)
En revanche, lorsque je suis en classe, mon portable est au fond de mon sac et je contiens mon irrésistible envie de checker le sms que Poppy vient de m'envoyer, parce que faut pas déconner : je suis en cours, je suis en train de travailler et mon côté psychopathe de l'iPhone doit s'effacer pour laisser place à une enseignante équilibrée et 100% investie avec 27 marmots assoiffés d'apprendre.
Je parviens à le faire sans aucun souci parce que je suis une adulte, parce que j'ai la maturité et le respect suffisants pour comprendre que mon addiction à mon iPhone ne doit pas prendre le pas sur mon taf et que bordel, c'est bien de rationaliser un peu et de déconnecter parce que putain, on s'est bien fait bouffer par les nouvelles technologies (dixit la meuf qui a un blog et qui lorgne méchamment sur l'iPad 3)
Cette maturité que mes 25 ans et 6 ans d'expérience m'offrent ne concerne malheureusement pas les ados entre 11 et 15 ans, pour la plupart, incapables de réfréner leur envie de jouer avec leur portable.
Dans mon bahut, une écrasante majorité d'élèves possède un téléphone portable et une bonne partie de cette écrasante majorité possède un smartphone.
Il subsiste, fort heureusement, quelques irréductibles parents qui ne voient pas bien l'intérêt d'offrir un smartphone à leur rejeton et qui résistent encore et toujours à l'envahisseur aka la pression sociale "ouais, mais tous mes copains, ils ont un portable, alors c'est trop injuste et même que j'ai vraiment l'air d'un con et du coup je vais être rejeté et isolé et je tomberai en dépression et saboterai toute ma scolarité PAR VOTRE FAUTE"

C'est ainsi que Donovan est tout fier de clamer qu'il a un portable depuis l'âge de quatre ans :-| Et sa maman de confirmer : "Ohhh, ça lui faisait tellement plaisir et puis c'était marrant de le voir nous imiter"... Ouais, bah, il aurait très bien pu vous imiter avec un téléphone en plastoc Fisher Price.
C'est ainsi que beaucoup d'élèves passent leurs récrés vissés à leur téléphone à envoyer des sms à leur pote qui se trouve à environ 2m50, à prendre des photos de Jessie qui tire la langue, de Margaux et Kévin qui se roulent des pelles, de Maryne, Aurély et Noémy qui font des gros coeurs avec leurs mains.
C'est ainsi que beaucoup de portables sonnent inopinément en classe parce que le manque de maturité, de réflexion et de politesse élémentaire les empêchent de penser à éteindre leurs téléphones.
C'est ainsi que Mélody, Charlaine ou Jordan prennent des photos dans le cours d'histoire ou envoient des sms à leur pote Arnold, exclu en salle de sperm'.
C'est ainsi que lorsque Leslie est envoyée au coin, elle sort discrètement son iPhone pour jouer à "Angry Birds"...

Petit à petit, le portable est devenu un véritable problème au sein des bahuts. Cacophonie, manque d'attention et de concentration, usage abusif, photos prises à l'insu d'enseignants ou d'autres élèves... Il était devenu urgent de légiférer sur le sujet car le règlement intérieur demeurait flou et source de malentendus.

Article L511-5
Créé par LOI n° 2010-788 du 12 juillet 2010 - art. 183 (V)
Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l'utilisation durant toute activité d'enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d'un téléphone mobile est interdite.

La possession d'un téléphone portable est donc autorisée mais celui-ci doit donc resté au fond du sac, ÉTEINT afin d'éviter toute tentation et tout problème.

Le problème concerne la conduite à tenir lorsqu'un élève outrepasse les règles et utilise son téléphone en classe, dans les couloirs, à la cantine ou dans la cour de récréation.

L'un des réflexes est de confisquer le téléphone, objet du délit afin d'éviter toute récidive et afin de marquer le coup et de montrer que l'école n'est pas une zone de non-droit et que c'est l'adulte qui fait figure d'autorité.
Sauf que la loi est extrêmement floue à ce sujet.
Officiellement, la confiscation d'un objet ne peut se faire que s'il s'agit d'une mesure de sûreté ou d'une sanction disciplinaire. Il est donc manifeste que la confiscation d'un téléphone ne s'apparente à aucune de ces mesures. De plus, des élèves et des parents lourdingues ont même été jusqu'à clamer que la confiscation du portable est la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui aka DU VOL :-| (article 311-1 du code pénal).
Et en même temps, les textes annoncent vaguement que l'on ne peut tenir la confiscation d'un téléphone portable pour absolument illégale.

Bref, tout le monde a un peu raison et tout le monde a un peu tort.

Les bahuts s'adaptent, font à leur sauce, essayant de faire au mieux, réglant au cas par cas ce genre d'incidents.
Dans certains collèges, impossible de confisquer un portable de peur que les parents procéduriers débarquent en gueulant, oubliant qu'à la base c'est leur enfant, le fautif. Dans d'autres collèges, confiscation systématique en cas d'usage du portable mais l'objet du délit est rendu à l'élève en fin de journée. Certaines écoles confisquent le téléphone jusqu'à ce que la famille se déplace pour le récupérer...

Il est plus que temps de définir les conditions préalables de la confiscation et celles de la conservation dudit téléphone.

Voici comment je vois les choses :

1. Le téléphone portable de Steeven sonne en classe.
Steeven devient tout rouge, farfouille maladroitement dans son sac, éteint son téléphone et s'excuse platement. Il a oublié de l'éteindre, il s'en veut de son oubli et promet que cela n'arrivera plus.
Je fais les gros yeux, je rappelle à toute la classe que c'est quand même ballot de risquer d'être sanctionné parce qu'on a oublié d'appuyer sur une simple touche et je continue mon cours. Je garde Steeven à la fin de l'heure pour bien lui ré-expliquer qu'on a le droit à l'erreur mais que le but est, bien évidemment, de ne pas recommencer. J'écris un petit mot dans le carnet de liaison, informant la famille de Steeven que le portable de leur fils a sonné en plein cours, qu'il s'est excusé et engagé à faire davantage attention et que l'affaire était classée. La confiscation ne me semble pas justifiée car il s'agit d'un oubli involontaire et Steeven ne s'est pas montré contestataire ou insolent. Il sait qu'il a fait une connerie, s'en excuse et basta.

2. Le téléphone portable de Willy sonne en classe.
Willy se marre. Je fais mon petit speech mais demande à Willy de mettre immédiatement son carnet de liaison sur mon bureau. Son repentir n'est pas flagrant. Je continue mon cours et 10 minutes plus tard, le portable de Willy sonne de nouveau. Nous ne sommes plus dans l'oubli involontaire mais dans la provocation. Je demande à Willy d'éteindre son portable et de le déposer sur mon bureau.
S'il obtempère sans rechigner, je le garde à la fin de l'heure, inscris un mot dans son carnet et tente d'obtenir de sa part des excuses clairement formulées et son engagement à ne pas recommencer. Si Willy s'écrase, comprenant enfin qu'il a abusé et fait son gros malin et si son casier judiciaire d'élève perturbateur n'est pas affligeant, je lui rends son téléphone. Si Willy se montre insolent, désinvolte ou me fait clairement comprendre qu'il n'en a rien à carrer de mes remontrances, je conserve le téléphone que je remets à la Vie scolaire ou au Principal qui mettront le téléphone en lieu sûr (coffre-fort...). J'appelle ensuite la famille pour leur faire part de l'incident. La famille devra se déplacer pour récupérer le téléphone dès que possible.
Si Willy refuse de déposer son portable sur mon bureau, je demande à la vie scolaire de le prendre en charge. Il est exclu du cours, un rapport sera rédigé et sa famille sera contactée afin de récupérer le portable si Willy a daigné le sortir de sa poche. En cas de refus ostentatoire assorti d'insolence voire de menaces, la BPDJ (Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile) sera contactée afin de faire un rappel à la loi à l'élève ainsi qu'à sa famille.

3. Je surprends Jenny-Joy en train d'envoyer un sms ou de prendre une photo en plein cours.
Je demande à Jenny-Joy d'effacer immédiatement la ou les photos, d'éteindre son portable et de déposer, sur mon bureau, son téléphone ainsi que son carnet de liaison. Si Jenny-Joy obtempère : mot dans le carnet + éventuellement coup de fil aux parents + petit sermon communicationnel dans le but qu'elle verbalise son erreur et s'engage à mieux se comporter. Si Jenny-Joy est une élève d'ordinaire agréable et respectueuse, je peux jouer la carte "droit à l'erreur slash joker" lui expliquant que je veux bien lui rendre son téléphone à la condition sine qua non qu'il s'agisse du seul et unique incident dans ce domaine. Si Jenny-Joy est une peste de premier ordre, je remets le téléphone à la vie scolaire ou au Principal qui mettront le téléphone en lieu sûr. Sa famille devra se déplacer pour récupérer le smartphone de leur progéniture dans la mesure où le propriétaire légal est celui qui a souscrit l'abonnement et qui paye le forfait aka pas l'élève donc. En cas de photo ou vidéo combo. attitude insolente de Jenny-Joy, la BPDJ pourra être amenée à faire un petit rappel à loi.

Il faut que nous ayons le pouvoir de confisquer l'objet, ça me paraît évident et logique. Il faut également arrêter avec ce discours hallucinant de certains parents qui hurlent au vol et qui nous soupçonnent de niquer le forfait bloqué de leur rejeton en appelant dans les DOM-TOM.
Il faut qu'apparaisse clairement dans le règlement intérieur la procédure de confiscation de l'objet ambiance "nouvelle technologie" (téléphone, console de jeux...). La décision de confiscation appartient à l'adulte selon la situation et l'attitude polie ou insolente de l'élève. Le téléphone portable doit être ÉTEINT au sein de l'établissement afin d'éviter tout problème. Lorsqu'il est juste sur "silencieux" il y a souvent des interférences lorsque l'on utilise un lecteur CD par exemple, ce qui est auditivement pénible.

Compte-tenu des abus, il serait presque souhaitable que le téléphone portable soit purement et simplement interdit dans les établissements scolaires. L'addiction de certains élèves est devenue tellement forte qu'elle en est vraiment inquiétante.
Pas mal de parents offrent un portable à leur enfant pour lui faire plaisir mais aussi pour se rassurer. L'enfant peut les joindre en cas de problème et inversement. Le trajet en car et les 300 mètres séparant le collège de la maison sont moins une source d'angoisse pour des parents qui oublient que la peur n'évite pas le danger.
Depuis plusieurs années, nous avons maille à partir avec certaines familles qui souhaitent pouvoir joindre leur enfant à n'importe quel moment, y compris en plein cours. Pour faire un petit coucou. Pour savoir si ça va bien. Pour savoir s'il finit bien à 16h. Pour savoir ce qu'il veut manger ce soir. Pour savoir s'il a bien pris le chèque pour la cantine. Pour faire un bisou et papoter un peu.
Que le chemin qui mène à l'école ou à la maison soit source d'inquiétude. Soit. Mais il ne faut pas tomber non plus dans une parano de dingue. Il ne faut pas vivre dans la terreur de l'enlèvement, de l'agression et du viol et surtout transmettre ses craintes à l'enfant. En revanche, dans l'établissement, l'élève est encadré et protégé. En cas de souci, la famille sera immédiatement prévenue et inversement, elle peut prévenir le collège s'il y a une urgence.
Malheureusement, nous avons des parents qui répètent à qui veut l'entendre "On n'en a rien à foutre du collège. Je n'appelle jamais le collège, je veux parler directement à mon enfant".

Bref, il est plus que temps d'établir noir sur blanc des règles précises auxquelles les élèves et leurs familles devront se plier car ce bordel 2.0 devient réellement source de conflits et de tensions.

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Le deuxième truc qui m'a grave horripilée ma race sera développé dans un prochain article publié genre très bientôt :-)