J'étais en train de dire à Lorenzo que se curer le nez à l'aide de ses ciseaux Maped n'était pas ce que l'on pouvait véritablement appeler un "moment d'élégance rare" lorsque Belinda (qui n'a pas les yeux bleus) a interpellé Jennifère à l'autre bout de la classe pour lui dire qu'elle pouvait aller "manger ses morts".
=> Voilà donc le contexte idéal pour instaurer une minute de silence en hommage aux victimes de la tuerie de Toulouse.

"Mais madame, OK, c'est du respect toussa toussa mais la minute de silence, ça sert à rien. Ils ne vont pas être resucés les enfants morts".

Après avoir précisé la prononciation, l'orthographe et le sens de ressusciter et après avoir expliqué à Belinda (qui n'a pas le front blond) (à vrai dire il est plutôt bas) qu'elle allait morfler sa race rapport à son langage fleuri qui n'était pas sans rappeler mézigue, hier soir, lorsque je me suis savamment cogné le petit doigt de pied contre le coin de porte de la salle de bains, j'ai indiqué à Donovan que la minute de silence allait pouvoir se faire sans qu'il ait besoin de se bâillonner avec l'écharpe douteuse de Orlandine (qui a des poux, j'dis ça, j'dis rien mon lapin).

Après avoir pris le carnet de Djohn-Ross pour informer les géniteurs des propos antisémites de leur fils, j'ai demandé à Belinda quelle partie de la phrase "MAIS EST-CE QUE TU VAS TE TAIRE ?!!!", elle ne comprenait pas, puis j'ai fait un petit laïus absolument poignant à propos de la BIENVEILLANCE, de la GENTILLESSE et de la COURTOISIE, concepts galvaudés chez certains beaucoup d'enfants nés en l'an 2000.

Allez, hop... une minute de silence. C'est parti. Une minute de silence où j'ai pensé à TOUT sauf aux victimes :-| parce qu'il fallait surveiller Paulyne qui entretenait savamment un demi fou-rire avec Marylou, parce qu'il fallait faire les gros yeux à Jordan qui scrutait sa montre en faisant le décompte des secondes en marmonnant, parce qu'il fallait guetter les réactions inattendues d'êtres vivants ne dépassant pas le mètre trente-quatre. Larmes, rires, indifférence, ennui, excitation... Un grosse cocotte-minute d'émotions diverses qui donne des envies d'eugénisme et de prosélytisme. Bien évidemment, il a fallu mettre le holà aux harangues passionnées, simples copiés/collés de ce qui avait été entendu la veille à la maison : "Il faut rétablir la peine de mort et torturer tous ces salauds !!!" slash "Tout ça c'est la fautes aux arabes qui veulent prendre le pouvoir en France. Tous les arabes sont des terroristes"... Marine The Stylo promet de faire de bien jolis scores dans ma cambrousse :-/

L'agressivité verbale est, à mon sens, de pire en pire dans les bahuts. Pas une seule journée sans qu'une écrasante majorité d'élèves s'insulte méchamment pour des raisons aussi ridicules qu'inexistantes.
Les termes sont d'une violence assez hallucinante. Des élèves choupi viennent souvent me parler des horreurs qu'ils ont lues sur Facebook, me disant combien ils trouvent ça nul et choquant (putain heureusement qu'ils existent encore ceux-là)
"Madaaaaaame, y a Bryanna qui m'a craché dessus et elle m'a dit que j'étais rien qu'une techa mais je ne sais pas ce que ça veut dire. C'est quoi madame une techa ?".

Mes copains profs des écoles me confirment que certains gamins de maternelle ont un langage hallucinant, véritable reflet de ce qu'ils entendent en continu à la maison... À quatre ans, balancer "t'es qu'une pute, va sucer"... c'est vraiment rafraîchissant ♥
Il ne s'agit pas d'un petit "putain" qui s'échappe... mais d'une véritable construction "Bryanna, elle est tellement moche qu'on dirait qu'un sanglier lui a chié dessus".
Beaucoup de frères et soeurs de mes élèves ont un Facebook très (trop) tôt. Dès le CP voire avant... Comme un bug d'éducation quelque part...

Rien à voir, mais j'aimerais que la tiare se démocratise car ça me va super bien.



The Big Bang Theory m'aide à ne pas éviscérer les élèves avec un Bescherelle aiguisé.