Jusqu'à l'émission de Laurent Ruquier, je ne connaissais pas grand chose de Natacha Polony mis à part des articles dans Marianne que je ne lisais pas ou très peu parce qu'à l'époque :

  • Je vivais en Angleterre... donc je me gavais de culture anglophone : de Marian Keyes à Francis Bacon, de Trisha Goodard à Eastenders en passant par les peintures de Turner, les merveilleuses cartes et papier-cadeau de chez Clinton's, les bath bombs de Lush, les fish & chips, TOUT Jane Austen, mes premiers sushi chez Yo ! Sushi, l'humour de Graham Norton ou Stephen Fry, Harry Potter encore et encore, les Bacardi Breezers (surtout ceux à l'ananas, à la pastèque et au pamplemousse), respirer Londres (et tousser), les take-away du vendredi soir avec Joolz ma coloc' (Fried Rice Noodles Singapore Style ♥ ou les Crispy Pancake Duck ♥)

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  • Je préparais mon mémoire sur Shakespeare, ses constantes allusions de cul et sa guerre des sexes adaptée au cinéma... donc je passais mon temps à consulter des archives poussiéreuses dans des bibliothèques hyper classes de Stratford-Upon-Avon tout en relisant jour et nuit les pièces avec un stabilo dans une main et un thé à la bergamote dans l'autre (et aussi des Oreos)
  • Je galérais entre l'Amant anglais et Victor Newman tout en gérant le harcèlement d'un élève du lycée où j'étais assistante qui mettait des mots flippants sur mon pare-brise genre "I LOVE YOU. YOU BELONG TO ME"
  • Je passais mon CAPES à base de Tennessee Williams ♥ et de Joseph Conrad (*BAILLER* + *VOMIR*) donc je bossais tout le temps en essayant de garder un semblant de vie sociale (aka picoler avec mes potes et voir grandir mon filleuldamour)

Et puis, il y a quelques semaines, Sabine a parlé du blog de Natacha Polony et de son billet apparemment controversé sur lequel ont craché bon nombre d'enseignants, puis des lecteurs m'ont également envoyé le lien de l'article me demandant de réagir et de donner mon avis.

Vous pouvez lire son billet ici et je vous encourage chaudement à le dévorer en opinant du chef.

À la base, je ne traîne pas trop sur le Figaro... journal éloigné de mes convictions politiques et surtout j'évite soigneusement de lire les commentaires (que ce soit du Figaro ou d'autres journaux d'ailleurs) des lecteurs sur le web qui sont un mix d'intolérance, de connerie monumentale, de vindicte gratuite et de xénophobie.
J'ai tout de même lu avec intérêt et un verre de Gini ce billet, et au fil des lignes, j'ai commencé à écarquiller les yeux façon lori.

Comment, je suis 100% d'accord avec TOUT ce qui est écrit dans ce putain d'excellent billet.

Nat' résume parfaitement et de manière éloquente et pas pédante toute ma pensée et ma vision de l'école.
Mais genre, à fond quoi.
Tout ce qu'elle a écrit, je l'ai moi-même exprimé ici (mais avec beaucoup plus de "sa mère la pute qui suce les bites par paquets de douze" et de "putain de sa race").

Extraits de phrases-choc :

  • "Le portrait d’une école qui n’a plus qu’une ambition : “fabriquer de la bonne employabilité".
  • "Une société en cours de décivilisation “où chacun fonctionne comme une sorte de structure solitaire qui exige des autres mais qui jamais ne se sent redevable".
  • "Des réformes qui transformaient l’enseignement de la littérature en une démarche utilitariste visant à instrumentaliser le patrimoine culturel et littéraire pour en garder uniquement les notions d’argumentation, de négociation, etc... considérées comme utiles au monde du travail. Désormais, on devait étudier les textes pour en tirer de la matière à débat".
  • "j’ai pu constater ce qu’était le niveau d’un bachelier français moyen : il suffit de regarder les consignes de corrections au bac pour comprendre : l’orthographe ne doit pas retirer plus de deux points, si bien que lorsque les phrases ne sont pas en français, ce n’est pas grave. D’autant que cela fait des années qu’on répète aux enseignants que l’orthographe est la science des imbéciles."
  • Sa vision de la méthode globale (une hérésie nuisible), son opinion sur la notion de classement, sur la lecture ou sur le manque de respect des élèves...

J'ai beaucoup de mal à comprendre les enseignants qui ne partagent pas cette vision et qui hurlent qu'elle n'est qu'une sale réac et que bouhhhh comment c'est trop caca-boudin avec des arguments aussi solides qu'une maison construite par Numérobis et Amobonfis son rival.

"Natacha ou la nostalgie de l'autoritarisme"
=> Je dis NON et NON les p'tits loups. Je suis fatiguée, lassée, usée par ce nouvel amalgame qui consiste à confondre "autorité" et "autoritarisme". S'il y a quarante ans, un instit' avait le pouvoir (voire le devoir) de faire régner dans sa classe un silence basé sur la crainte de s'en prendre une dans la gueule ; à présent, certains osent à peine mettre un mot dans le carnet d'un élève redoutant les conséquences d'un tel geste...
Énorme manque d'équilibre entre une génération qui avait peur de se prendre une règle en fer sur le bout des doigts et une génération que l'on couve et surcouve, fustigeant toute tentative d'inculquer respect et rigueur... Bien évidemment, il ne faut pas tomber dans une généralisation excessive. Il y a quarante ans, tous les profs n'étaient pas des tortionnaires, ravis de pouvoir filer une mandale à un élève insolent... et de nos jours, tous les parents d'élèves ne sont pas de sombres abrutis couvrant leur enfant à la moindre bévue.
Néanmoins, je ne peux que constater le manque de soutien dans les hautes sphères et dans les familles quant à l'attitude et au manque de travail de beaucoup, beaucoup d'élèves. Un élève qui ne fait jamais ses devoirs. Un élève qui rend copie blanche à chaque éval'. Un élève qui monopolise constamment le temps de parole en classe et tente de négocier et de nuancer la moindre remarque/critique de son prof. L'élève, ce mini-adulte qui doit pouvoir s'exprimer même si effectivement il n'a rien à dire...
En 2011, un prof a du mal à confisquer un objet non approprié à son cours (portable, console de jeux, magazine de foot, miroir...) sans s'attirer les foudres des familles, voire de sa hiérarchie. En 2011, un prof a du mal à mettre en retenue des élèves relativement récalcitrants puisque personne dans sa famille ne veut venir le chercher car ça fait trop chier de devoir retourner au bahut à 18h. En 2011, un prof est obligé de se justifier à genoux lorsqu'il donne une punition. Il existe des profs injustes qui auraient tendance à imposer leur volonté de puissance (Nietzsche forever) mais ne nous leurrons pas, la majorité des enseignants est plutôt honnête et bienveillante et lorsqu'un prof écrit un mot dans le carnet pour expliquer à la famille de Bryanna, que pour la troisième fois consécutive, elle n'a pas fait ses devoirs et que sa propension à bavarder constamment tout en se recoiffant devient un tantinet insupportable, il s'attend au pire à une simple signature de la famille, indiquant qu'elle a pris connaissance des remontrances de l'enseignant... au mieux, à une petite réponse du style "Merci de nous avoir prévenus. Comptez sur notre soutien et notre vigilance afin que ce genre d'incident ne se reproduise pas". Mais dans bien des familles, au mieux, le mot est signé en quatrième vitesse et ne donne lieu à AUCUNE discussion entre parents et enfants ou alors juste un "bon faut travailler Bryanna hein" et au pire, une petite réponse vient augmenter la tension artérielle de l'enseignant qui sera ravi d'apprendre qu'il devrait se mêler de ce qui le regarde et qu'il faut arrêter de punir Bryanna pour n'importe quoi.

J'aime à répéter à chaque parent et à chacun de mes élèves, qu'à partir de l'instant où il franchit les grilles de l'établissement, un enfant devient un élève. C'est-à-dire qu'il ne dépend plus des règles de la maison mais de celles de l'établissement. Et c'est là où le bât blesse malheureusement. Si à la maison, le mot d'ordre est "vas-y mon loupiot, agis selon TON rythme et TES envies", il y a fort à parier que ça va lui faire tout bizarre à l'école quand on va essayer de lui faire comprendre la notion de contrainte et de compromis, mamelles de la vie en collectivité.
Il y a quelques semaines, j'ai reçu la famille de Kélyan. La veille, Kélyan s'était fritté avec Enzo qui avait accusé sa mère d'accomplir des actes buccaux à tout va. Les termes "bâtard" et "va manger tes morts sale connard" avaient été prononcés de toute part (Rappelons que Kélyan et Enzo ont 11 ans et qu'il est toujours appréciable de constater qu'aux âmes bien nées, la violence verbale, à l'instar de la valeur, n'attend pas le nombre des années). Kélyan s'est alors jeté sur Enzo et l'a bourriné de coups de poing. Y a pas à tortiller, l'arcade sourcilière, ça saigne vachement quand même. Enzo s'en est sorti avec un beau cocard et tous deux ont été exclus quelques jours.
La famille de Kélyan a immédiatement hurlé à l'injustice car c'était Enzo qui avait commencé et Kélyan n'avait fait qu'appliquer l'un des principes fondateurs de sa famille : SE VENGER.

La maman de Kélyan : "On a toujours dit à Kélyan qu'il doit se défendre. Si on l'insulte, si on le tape, il doit rendre les insultes et les coups. C'est une question d'honneur"
Princesse Soso : "Le souci c'est que nous avons des règles différentes à l'école. Nous passons notre temps à expliquer aux élèves que toute violence verbale ou physique est proscrite. Lorsqu'un élève se fait insulter ou est en passe de se faire frapper, nous l'encourageons à s'éloigner le plus vite possible afin de prévenir un adulte. J'ajoute qu'il y a une différence entre se défendre et rendre les coups... Nous avons une tolérance pour un élève qui, pour éviter un coup, va repousser son camarade... mais, en revanche, il ne doit pas, à son tour, se montrer violent et attaquer"
Le papa de Kélyan : "Mon fils n'est pas une chiffe molle qui va chialer et cafter auprès des profs. Il règle le problème tout seul. Enzo méritait les coups. C'est une question d'honneur"
Princesse Soso : "Votre fils est avant tout un élève au sein du collège et il doit se conformer au règlement qui stipule clairement la conduite à adopter en cas de conflit avec un autre élève. Kélyan devait s'éloigner d'Enzo et prévenir un adulte des insultes qu'il subissait. Des sanctions auraient été prises uniquement à l'encontre d'Enzo et Kélyan ne serait pas actuellement exclu, considéré lui-aussi comme fautif"
La maman de Kélyan : "Mais il n'a fait que se défendre ! Il n'allait pas laisser ce sale petit vaurien m'insulter et me traiter de pute !"
Princesse Soso : "Mais Kélyan ne s'est pas défendu, il s'est vengé. Cela n'a RIEN à voir. Je comprends tout à fait que Kélyan se soit énervé, le souci est qu'il a perdu le contrôle et qu'il a cédé à ses pulsions. Il a fait une erreur et est puni en conséquence. Je comprends qu'il ait fait cette erreur, l'important est qu'il admette qu'on ne peut pas agir ainsi au collège. Le vieil adage "on ne résout rien par la violence" est totalement en adéquation avec les règles de l'établissement. Kélyan s'est acharné sur Enzo, il ne s'est pas contrôlé et raisonné. Ce genre d'incident peut arriver mais ne doit pas se reproduire"
Le papa de Kélyan : "Comme je dis toujours, si la violence ne résout rien c'est que tu n'as pas cogné assez fort !" (rires gras)
La maman de Kélyan : "Chez nous, on se venge quand on nous a fait un sale coup. C'est comme ça. Et Kélyan, il suit d'abord les règles de sa famille. C'est à l'école d'accepter des élèves qui ont une éducation différente"
Princesse Soso : "Absolument pas. C'est aux familles de s'adapter aux règles de l'école. C'est comme si vous me disiez que c'est la société qui doit s'adapter aux hors-la-loi..."
La maman de Kélyan : "Vous traitez Kélyan de hors-la-loi ???"
Le papa de Kélyan : "Ouais parce qu'on peut très bien immédiatement retirer Kélyan du collège hein !"
Princesse Soso : "Vous commencez sévèrement à me courir sur le haricot tous les deux À mon avis, vous allez avoir du mal à trouver un établissement scolaire qui prône la vendetta et tolère la violence... Kélyan n'a pas respecté les règles, il est puni. Idem pour Enzo. Il n'y a strictement rien à négocier. Kélyan doit apprendre à se contrôler lorsqu'il a envie de frapper. Le souci, c'est que si à la maison, vous l'encouragez à avoir recours à la violence, on n'est pas sorti de l'auberge..."
Le papa de Kélyan : "C'est comme ça dans notre famille et on ne va pas changer pour vous faire plaisir"
Princesse Soso : "Alors, je pense que nous n'avons plus rien de constructif à nous dire et cet entretien est à présent terminé"

La famille de Kélyan n'est malheureusement pas un cas isolé et il est de moins en moins rare de voir des parents encourager leur progéniture à appliquer la loi du Talion.

"Natacha ou le rigorisme injuste et traumatisant"
=> En défendant la notion de classement, Natacha s'en prend plein la tronche... Le classement stigmatise, traumatise, met en lumière les clivages et décourage... Tous les élèves sont égaux et il est tout simplement anti-pédagogique de vouloir en faire briller certains tandis que d'autres demeurent dans une obscurité, symbole d'ignorance et de retard. La société est suffisamment encline à exacerber les inégalités, inutile d'appliquer cette même injustice à l'école.
On prend le problème à l'envers. Le classement encourage, motive, galvanise également. Il n'est pas uniquement source d'échec et de larmes.
Il ne faut pas oublier que 95% des élèves travaillent pour tout SAUF pour eux :

  • Ils travaillent pour faire plaisir à leur famille.
  • Ils travaillent pour ne pas se faire engueuler.
  • Ils travaillent parce que c'est comme ça et pas autrement. Ils n'ont pas véritablement le choix de par leur éducation voire un certain endoctrinement.
  • Ils travaillent pour avoir une Wii et une PS3.
  • Ils travaillent parce qu'ils aiment bien le prof.

Je me souviens très bien que mon instit' de CE1 nous répétait constamment : "Vous ne l'avez pas encore compris et/ou accepté... mais n'oubliez jamais que c'est pour VOUS que vous travaillez". La bonne blague. La petite fille de 6 ans que j'étais travaillait parce que c'était sympa d'apprendre des trucs et en plus ça faisait drôlement sourire papa, maman, mamie ou papy lorsque je ramenais des 10/10, des bons points et des images.
La carotte, la récompense ne sont pas de vilains mots au sein d'une classe. Autant je suis la première à hurler lorsque j'entends des élèves réclamer un SALAIRE ("ouais les profs sont payés pour venir au collège, on devrait être payé aussi"), autant je ne suis pas réfractaire à un système de récompense ponctuel destiné à encourager et faire plaisir. Apprendre pour apprendre c'est terriblement difficile à assimiler... alors de temps en temps, il n'est pas nuisible d'insérer la notion de cadeau afin de féliciter un élève pour ses progrès et ses résultats.
Mettre un sticker pailleté sur de bonnes copies, offrir des babioles pour Noël aux élèves méritants... de petits gestes qui sont une sorte de MERCI. Merci pour ta bonne volonté. Merci de jouer le jeu. Merci de venir dans mon cours dans le but de travailler. Merci de grandir et d'évoluer dans le bon sens.
Un peu de gratitude mêlée à un soupçon de démagogie : la clé du succès ?
Si l'on écoute certains enseignants, certains parents et certains soit-disant spécialistes de l'enfance et de l'éducation, le système de récompense est louable s'il est appliqué à TOUS les élèves. Sous-entendu, hors de question que dans une classe de 26, 11 élèves aient un chouette cadeau, 7 aient un petit cadeau et 8 n'aient rien du tout. C'est-trop-pas-zuste (Caliméro forever).
Et bien non.
Faut quand même pas déconner. Cindy a 17 de moyenne parce qu'elle a des facilités et qu'elle bosse, Lorenzo a 13 de moyenne en cravachant grave parce qu'il a de sacrées difficultés, Perrine a 12 de moyenne en foutant strictement que dalle mais comme elle a de grosses facilités, elle sauve les meubles, Lucas a 5 de moyenne en branlant strictement que tchi... et faudrait tous les récompenser de la même manière ???

Eh, on n'est pas à l'École des fans là, les p'tits loups !

Le classement ou la récompense au mérite permet de faire comprendre à un élève que ses efforts portent leurs fruits et peuvent être source de satisfaction, de plaisir et de reconnaissance. Cela évite que les élèves paresseux s'enlisent dans une passivité apathique "puisque de toute façon, on a tous le même cadeau à la fin".

Pour Noël, les élèves méritants ("méritants" ne signifie pas forcément avoir 19,2/20... Les élèves méritants font de leur mieux, sont volontaires et agréables, ils viennent en classe pour progresser, ils sont polis, respectueux et aident à instaurer une bonne ambiance de travail) ont le droit de participer à des quiz qui leur permettent de gagner une petite surprise (un porte-clé, un petit bijou, un petit parfum, des stickers, un petit bouquin, des règles ou des stylos avec écrit dessus "Happy Christmas from your teacher" ou "Very good work ! Well done !"... etc.). Les élèves qui se sont récoltés des mots ou des punitions pour leur manque de travail ou pour leur attitude inconvenante se voient immédiatement exclus de ce bonus. Ça me semble normal et logique. Genre je ne vais quand même pas filer un porte-clé phosphorescent que j'ai acquis avec mes propres deniers à Johnny qui refuse de venir au tableau pour corriger un exo, qui a 01/20 de moyenne en anglais et qui ne fait jamais ses devoirs..
On cherche constamment à encourager les plus faibles. OK... mais c'est choupi aussi d'encourager les plus forts. Ce n'est pas de l'élitisme, c'est un juste retour des choses.

Cela fait également écho à l'idée qu'il faut supprimer les notes afin que la coopération prenne le pas sur la compétition.
BULLSHIT.
Encore une fois, on prend le problème à l'envers. La compétition peut être saine et source d'émulation. La compétition n'est pas uniquement faite pour humilier les plus faibles... Ce qu'il faut supprimer, ce ne sont pas les notes bien évidemment, mais le collège unique, source d'inégalités et d'humiliation. Lorsqu'un enfant a de mauvais résultats, il faut comprendre pourquoi. Il n'a pas appris ? il n'a pas compris ? A-t-il la possibilité de travailler sereinement à la maison ? Est-il encadré, encouragé par sa famille ? Autant de questions auxquelles il est parfois difficile de trouver des réponses...

Ahh la "coopération"... le nouveau terme didactique à la mode. Les élèves doivent travailler en équipe afin justement de ne plus entretenir une compétition individuelle... Le travail en îlots tel qu'il est présenté par Marie Rivoire (qui a écrit un guide à ce sujet) est une idée judicieuse mais selon moi, absolument pas applicable à TOUTES les séances de cours. C'est top à doses homéopathiques. Il faut impérativement qu'un élève apprenne à travailler SEUL, à se concentrer et à se retrouver avec lui-même pour affronter, élucider, comprendre, analyser, déduire... Et encore une fois, je rejoins Natacha quant à sa théorie sur le problème de la lecture... Une écrasante majorité d'élèves, même d'excellents élèves, n'aime pas lire. C'est chiant. C'est long. C'est difficile. Et ouais... à force d'activités ludiques et surtout courtes, à force de coopération... les élèves ne sont pas préparés à affronter la lecture, cet exercice solitaire qui demande une construction mentale et une concentration qui ne s'acquièrent pas en un coup de baguette magique. Avant de travailler à plusieurs, il faut savoir travailler seul... C'est d'une logique implacable.

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Je ne m'étendrai pas sur le problème de l'orthographe, sur la langue malmenée, écorchée, humiliée par une paresse et un mépris qui me sont écoeurants.
De très bons élèves ne parviennent pas à écrire sans erreur et confondent "c'est" et "sait"... "et" et "est"... "ça" et "sa"... La phonétique prend le pas sur les règles. On écrit pour communiquer et plus pour célébrer une langue parfois ardue et alambiquée mais aussi symbole d'une délicieuse rigueur salvatrice qui permet de développer mémoire et agilité intellectuelle...

Il est vraiment temps que l'école 2.0 arrive.
Une école de l'équilibre avec un cadre et une autorité juste qui n'exclut pas une certaine décontraction. Une école où apprendre n'est pas une simple obligation ou une contrainte mais une source de plaisir et d'épanouissement. Une école qui développe l'esprit, une école qui nivelle par le haut. Une école qui se sert de son passé, non pas pour l'anéantir mais pour en extraire les vertus afin de faire de l'école du XXIème siècle un lieu d'apprentissage où chacun a sa chance, où chacun est en sécurité, où chacun a la possibilité de progresser, où chacun doit jouer le jeu...

Vous n'êtes pas d'accord avec ça ? Vous pensez que c'est irréalisable ?


Bienvenue en dystopie, alors.