Il y a quelques mois, je vous avais parlé ici de la nouvelle lubie de Luc et de ses potes : un oral d'histoire des arts comme nouvelle épreuve du brevet des collèges.

Ouais... la dictée du brevet fait 5 lignes et comporte comme gros-piège-de-la-mort-de-l'orthographe-française-cette-tortionnaire-sans-patrie un adverbe genre "Or" ou "Désormais" et pour l'oral d'histoire des arts, l'un des critères d'évaluation est "l'élève est capable d'expliquer l'intention de l'artiste par rapport au contexte contemporain" :-/

Cohérence quand tu me tiens par les hanches en me parlant en didactique.

En 2011, pour obtenir son DNB (Diplôme National du Brevet), il faut un contrôle continu choupi, de bonnes notes aux épreuves de français, maths et histoire-géo, 80% des items du B2i de validés (le B2i étant un palier informatique dont les modalités d'évaluation sont du foutage de gueule en barre), le niveau A2 (qui concerne les langues vivantes) et une note choupi en Histoire des Arts.

Ça, c'est sur le papier hein...

Le Diplôme National du Brevet avec un D comme "dites-donc mais vous ne seriez pas en train de vous foutre de notre gueule par hasard ?"

Le contrôle continu : Toutes les matières comptent coefficient 1... sauf les notes d'histoire-géo, données "à titre indicatif" parce que bon, cette matière mineure fait l'objet d'une épreuve donc ça suffit-les-salsifis, c'est pas une matière noble comme le français et les maths hein. Toutes les matières comptent coefficient 1... sauf l'histoire des arts qui est coefficient 2 :-| Ouais, normal... un enseignement totalement nouveau qui crée un beau foutoir et que l'on glorifie sa race... Mais qui sont les blaireaux qui ont décidé de ça, sans déconner ?! Dénoncez-vous les mecs, je prépare le goudron, les plumes et le lubrifiant anal.

Les trois épreuves : Lorsque l'on compare des sujets de brevet de 1994 et ceux de 2010, on reste bouche bée un long moment. Où sont passées les dictées avec ces petites saloperies d'accord avec le verbe avoir ?... Où sont passés ces traits d'union maléfiques et les pluriels facétieux des substantifs composés ?... Où sont passés les vraies connaissances requises en histoire-géo ? (parce qu'à présent, savoir lire un document correctement permet de glaner la moitié des points, tranquillou-bilou)... Où sont passés les vrais exos de maths où la démonstration est réellement évaluée ? (parce qu'à présent, lors de l'harmonisation du barème, on nous explique que si l'élève a écrit "Pitagorre" et même e s'il n'a pas écrit le nom mais qu'il a vaguement expliqué en quoi consistait le théorème, il faut lui accorder les points)...

Le B2i : ZE big bordel. De la 6ème à la 3ème, les élèves doivent valider des compétences en informatique. Ils ont pour cela un logiciel à disposition où, par écrit, ils répondent à différentes questions, corrigées ensuite par les profs. Le problème est que malgré nos rappels, 98% des élèves commencent à s'intéresser au B2i en classe de 3ème, vers la fin mai quand il leur reste 48h pour tout valider. Il n'y a aucune heure d'enseignement dédiées au B2i, les élèves le font à l'arrache en copiant-collant des trucs trouvés sur internet, les profs valident à l'arrache, pendant une heure de trou. Il n'y a aucune explication en amont. Personne ne s'interroge sur le fait qu'on demande à des enseignants parfaitement incapables de faire un tableau dans Word d'évaluer les connaissances informatiques d'adolescents qui font LV1 Facebook.

Le Niveau A2 : Ici A2 n'exprime pas l'ancien nom d'une chaîne du service publique mais le foutage de gueule langagier que nous subissons depuis quelques années. Le niveau A2 correspond à un niveau de fin de 5ème. Donc, on demande à un élève de 3ème d'acquérir en fin de collège, un niveau d'anglais de... 5ème :-| Et les critères de validation sont très vagues, regroupant plein d'items à chaque fois, laissant le prof dans une situation inextricable qui le contraint à utiliser la fameuse méthode du "Pile et Face" (très appréciée avec la non-moins fameuse technique du jeter dans les marches de l'escalier) (le prof qui vit dans une maison de plain-pied est un être malheureux et incomplet) (ouais, ouais, j'ai rippé lors du premier jet de sperme, on ne dit pas plein-pied, je suis rien qu'une mécréante toussa toussa ^^)

Sauf que.

Même si l'élève n'a pas validé son B2i... même si l'élève n'a pas validé son Niveau A2... il est quasi sûr d'être repêché par les jurys de rattrapage. Donc, niveau pression, on ne peut pas dire que les élèves soient sous euphytose, paniqués à l'idée de rater leur scolarité à cause d'un verbe irrégulier oublié.

Et il ne faut pas oublier le leitmotiv Ray Ktoranien que l'on nous martèle à présent, à longueur d'année "IL FAUT ÉVALUER POSITIVEMENT". Bienveillance et sur-notage sont les deux mamelles de l'éducation. Et quand je parle de bienveillance... je devrais parler de sur-valorisation. Ray et ses sbires nous répètent qu'il faut mettre en lumière uniquement les items acquis et laisser les lacunes dans l'ombre car c'est trop caca-boudin et ça la fout mal quand on se compare aux autres scores européens.

Et BAM en plus de tout ça, on nous colle un nouvel enseignement : l'Histoire des Arts, avec à la clé un petit oral de 15 minutes où l'apprenant pourra enfin prouver aux enseignants que les ados ne sont pas que des ignares boutonneux dont les centres d'intérêt principaux sont la PS3, Facebook et les bracelets en plastoc en forme de bite.

L'Histoire des Arts et le B2i ne sont pas des disciplines mais des enseignements. Ça veut dire quoi ?! Ça veut dire qu'on n'a pas de temps spécifique aménagé pour pouvoir préparer les élèves. Cet enseignement est disséminé dans tous les cours et l'élève, CET ÊTRE MATURE ET AUTONOME (comme chacun le sait), doit tout trier tout seul et sélectionner ce qui est pertinent et digne d'intérêt. Ça veut dire que l'on nous rajoute encore plus de boulot sans temps supplémentaire et sans nous payer bien évidemment. Ça veut dire que l'on nous refile encore plus de taf sans aucune préparation en amont. Pour l'Histoire des Arts, chaque établissement fait à sa sauce, il n'y a pas d'harmonisation particulière et les modalités de l'oral sont toujours aussi floues. En fait, Ray ce gros malin, attend de voir comment on se débrouille et va ensuite récupérer les best-of des méthodes utilisées dans les bahuts pour se les approprier ni vu, ni connu, j't'embrouille les couilles.

Genre dans certains bahuts, les élèves ont un exposé à préparer sur un thème bien précis ("Les affiches de propagande nazies, aussi efficaces qu'un catalogue Ikéa", "Le Pop Art c'est trop de la balle" ou "Comment Hitchcock c'est trop un gros bâtard de génie")... Dans d'autres établissements, les profs utilisent le cahier des élèves et leur posent des questions sur ce qu'ils ont travaillé tout au long de l'année... D'autres profs montrent à l'élève la photo d'une peinture ou d'une sculpture et lui demandent son ressenti et les connaissances qu'il peut avoir sur le sujet...

Les critères d'évaluation et le barème demeurent très fouchiou (euphémisme linguistique pour exprimer un bordel sans nom ayant pour conséquence une litanie de termes orduriers qui ne sont pas sans rappeler un bordel allemand des années 30) et n'oublions pas que nous avons ordre d'avoir un regard bienveillant sur les élèves. Soyons très clairs, il ne s'agit pas de bienveillance mais d'aveuglement slash autruche.
"Bon, OK, Stéffy ne sait pas qui est Staline MAIS elle a écrit son prénom ET son nom de famille sans faute sur sa page de garde, donc c'est quand même super bath".

Avec ma collègue Chouchou, nous avons fait passer une dizaine d'élèves la semaine dernière.
Chouchou a des bleus à l'intérieur des joues à force de les mordre pour ne pas, au choix, éclater de rire ou cracher sur ces ignares qui n'ont vraisemblablement pas retenu une once de ce qui leur a été enseigné cette année.

Alors sans déconner UN seul élève a vraiment bossé et fait un effort pour ne pas jurer comme un charretier tous les trois mots. Un seul élève a su nous balancer avec brio (avec qui ?) ses connaissances et son ressenti. Un seul élève a réellement potassé son sujet et pris cet oral au sérieux.

Le reste des élèves ? Un mix affligeant d'inepties et de mauvaise volonté teintée d'un désintérêt total pour tout ce qui ne leur rappelle pas leur quotidien à base de Facebook, de Plus Belle La Vie ou de catch.

Des élèves qui arrivent les mains peinturlurées de blanco aka la French Manucure des pouffiasses ou les mains griffonnées de messages trop love à destination de leurs potes : נт∂g мση вєιιιвєιιι тмт¢ ¢σмєη тєst м'¢нαηтιℓℓу. Des élèves qui, malgré nos conseils et préparation en amont, n'ont fait aucun effort pour parler intelligiblement, sans grossièretés et argot local.

Djézonne : "Alors le film Le Soldat Ryan, ça raconte la vie dans les Tranchées quand Hitler il voulait tuer les français et les juifs"
Chouchou : "Et tu situes l'histoire du film à quelle période ?"
Djézonne : "Oh bah, chais pas moi... Pendant la première guerre mondiale, au XIXème siècle".

:-|

Mélinda : "Alors c'est l'histoire d'une paysante qui travaille dans une ferme".
Princesse Soso : "Une PAYSANTE ?"
Mélinda : "Ouais, une paysante. La femme du paysan, quoi".

:-|

Chouchou : "À ton avis, qu'est-ce que la petite fille en rouge signifie ou symbolise dans La Liste de Schindler ?"
Tommy : "La petite fille avec le manteau rouge s'appelle Paulette !"
Chouchou : :-|

Léticia : "Le truc des arts qu'est bien, c'est que c'est historique".

:-|

Melvyn : "Avec les films de guerre, on remémore des choses qui sont pas belles".

:-|

Sonny : "Dans le film "Joyeux Noël", les soldats arrêtent de faire la guerre pour Noël. Je trouve que c'est pas bien, c'est nul de s'arrêter alors qu'ils avaient commencé à se battre. C'est pas logique".

:-|

Jordan : "ηαη мαιѕ т'ѕα qυσι. ¢σммє ѕι qυє νσιℓà. ℓєѕ мє¢нαηтѕ ρєη∂αηт ℓα gυєяяє ση ℓєѕ мσηтяє ¢σммє ∂єѕ мє¢нαηтѕ".

:-|

Chouchou : "Parmi tout ce que tu as vu et étudié cette année, qu'est-ce qui t'a le plus intéressée et que l'on peut relier à l'Histoire des Arts ?"
Cheurley : "La BD Maus".
Chouchou : "Tu as donc lu cette BD pour le cours de français".
Cheurley : "Nan, je ne l'ai pas lue".
Chouchou : "Euh... et pourquoi ?!".
Cheurley : "Je ne l'ai pas achetée. J'ai oublié".
Chouchou : :-|

Kévin : "Ah ouais. Hitler. J'ai entendu parlé de ce gars-là ; mais je ne sais plus trop ce qu'il a fait".

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Beverly : "Le Pop-Tart, c'est trop beau et coloré".

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Corentin : "Hitler il n'aimait pas que les gens parlent juif car il ne comprenait pas cette langue. Ils voulaient que tout le monde parle allemand".

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Prune : "Les collaborateurs, c'est ceux qui ont aidé les résistants pendant la première guerre mondiale".

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Mickey : "C'est John LEMON qui a fait la chanson en anglais qu'on a fait en musique mais je ne sais plus le titre".


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