J'étais en train de me délasser dans ma nouvelle salle de bain marbre et diamant, pataugeant dans la baignoire remplie de dollars lorsque mon Seigneur et Maître, habillé en Armani, m'a fait appeler par l'intermédiaire de notre nouvelle petite domestique venue tout droit de Bali (j'en profite pour remercier Ga et Meuh pour ce charmant cadeau).

(Je suis contente de constater que le succès ne m'est pas monté à la tête et que j'ai gardé le même train de vie qu'auparavant).

Mon Seigneur et Maître était en train de s'informer des nouvelles du monde sur son nouvel iPad, écran 250'' (petit cadeau de Steve J. qui sera disponible en Février 2017 pour les gueux) lorsqu'il a lu que Jean-François Copé voulait mettre en place une évaluation normative en fin de CM2 pour vérifier que nos chères petites têtes blondes sont capables de lire, écrire et compter correctement, avec l'idée que ceux qui se planteront à cet examen, ne pourront pas passer en classe de 6ème.

"Je veux défendre une idée forte : l'entrée au collège ne doit se faire que pour l'enfant qui maîtrise totalement les savoirs fondamentaux."
=> j'enfonce-une-porte-ouverte-allô-j'écoute... Je ne vois pas bien comment on pourrait défendre l'idée opposée aka "on s'en branle que les gamins soient capables de lire à 11 ans".

Je trouve, personnellement, son idée bien mal exprimée et bien trop tardive.
Voter UMP dans l'isoloir ne fait absolument pas partie de mes habitudes, mais je rejoins Jean-François Copé sur un point évident : pas mal de gamins arrivent en 6ème en sachant à peine écrire, lire et compter. Mais là, il ne s'agit pas d'une théorie politique mais d'un constat un peu effrayant.
Beaucoup de mes élèves de 6èmes ne savent pas faire la différence entre un verbe et un adjectif, effectuer une division simple et lire sans s'aider de leur doigt, le tout en hésitant à chaque syllabe. Pas tous. Mais beaucoup.

Selon moi, ce n'est pas en CM2 qu'il faut agir... mais bien avant... dès l'élémentaire, voire la maternelle. Si en fin de CP, l'élève est méga en difficulté pour lire et écrire... il faut réagir et ne pas le faire passer en CE1 en disant "oh... il fera du soutien pour combler ses lacunes".
Parce que depuis quelques années, le doublement d'une classe, c'est trop devenu un truc de Satan. Ça traumatise l'enfant, on le met à l'écart en pointant d'un doigt accusateur ses difficultés. Peu d'élèves doublent à présent... Dans mon bahut, ça concerne un ou deux élèves maximum par niveau... des élèves qui ont eu un grave problème de santé ou qui ont un niveau fragile mais prometteur qu'il faut consolider... En revanche, on ne fait pas doubler les élèves "à réussite différenciée" aka les élèves en échec scolaire... Ils passent de niveau en niveau, découragés, dégoûtés de l'école... devenant au mieux des plantes vertes polies en classe.... au pire de véritables chieurs insolents faisant payer à l'école leur ennui voire leur honte de ne pas réussir. Ambiance "serpent qui se mord la queue"... L'élève a des difficultés, obtient de mauvais résultats (parfois malgré sa bonne volonté) donc il n'aime plus l'école... Ladite école n'a pas le temps ou les moyens nécessaires de lui redonner le goût d'apprendre ou de lui proposer un vrai parcours personnalisé... alors il en veut à l'école de l'abandonner encore plus... Et bien évidemment, il y a de fortes chances pour que cet élève ait des parents démissionnaires slash peu soucieux de la scolarité de leur progéniture. Certains gamins attendent (im)patiemment d'avoir 16 ans pour quitter le système éducatif ou tout du moins, pour quitter le collège et se tourner vers l'apprentissage ou une formation de courte durée... les faire doubler devient inutile, ça les éloigne de leur projet professionnel (quand ils en ont un...) mais ça ne les rapproche pas du goût d'apprendre et de l'envie de faire de son mieux.
C'est toujours étrange, lors du conseil de classe du troisième trimestre, de dire que Teddy qu'il a 5,2 de moyenne et qu'il passe en 4ème...

L'idée de parquer un bon nombre d'élèves différents ensemble dans le but de les éveiller à la culture et de leur transmettre savoirs et savoirs-faire commence à devenir du gros n'importe quoi selon les bahuts. La société a changé, les enfants ont changé et il est regrettable de constater que l'École-avec-un-grand-E n'est plus le creuset de la nation... Le monde est en crise, donc il semble évident que l'école soit en crise également. L'école devient le reflet de tous les écueils qui déséquilibrent notre société... La parole enseignante est sans cesse remise en cause et bien souvent déconsidérée... La réussite ne passe plus par la connaissance et le talent... Réussir signifie avoir de la thune et si possible sans en branler une ou en ne sachant pas ce qu'est un "mantra" ou qui est la Joconde (poke Benoît de Secret Story qui vient de devenir gentiment riche en accumulant fautes de français et en assumant fièrement son ignorance et son cruel manque de culture).
Le collège unique, ça pue du cul. Il n'est plus possible d'avoir un seul et même système pour des élèves si différents, bordel. Lorsque je vois le niveau en orthographe, je me dis que la langue française est sérieusement en danger. Ça commence doucement... Je remarque bon nombre de coquilles ou d'erreurs dans des magazines, des pubs, des affiches...etc. On se dirige de plus en plus vers le trip "peu importe comment on écrit tant qu'on se comprend et que l'on peut communiquer". Sans déc', ça fout les jetons et lorsque je vois un élève de 3ème écrire 5 lignes sans erreur de grammaire ou d'orthographe, je deviens hystérique de bonheur tellement la chose devient rare...
Plutôt que d'imposer un examen en fin de CM2, il faudrait surtout pouvoir personnaliser le parcours d'élèves en difficulté. Tout le monde ne va pas au même rythme et tout le monde n'est pas né avec les mêmes facilités. Demander à un enseignant de gérer 28 élèves aux profils parfois totalement opposés est juste du gros n'importe quoi. Le prof ne peut pas, seul, gérer la dyslexie de Paul, le manque de motivation de Valentine, les lacunes de Grégoire, la soif inextinguible de connaissances de Marie-Eva, les problèmes familiaux de Bryan, l'insolence de Mélissa et la timidité maladive de Corentin... L'hétérogénéité a ses limites. Il ne s'agit pas non plus de faire des groupes de niveaux en stigmatisant "les gros nullos en retard bouhhhh les mongoles" et tomber dans un excès d'homogénéité qui serait tout sauf salvateur.
Il s'agit de mettre en place des structures spéciales afin de remettre à niveau des gamins qui sont en décrochage scolaire... Et ce décrochage peut arriver dès la maternelle... Bien évidemment, cela implique un dialogue étroit et constructif avec la famille... et on en revient toujours au même... Si les parents sont de vrais éducateurs avec l'envie de s'investir intelligemment dans la scolarité de leur enfant, les résultats seront rapides et prometteurs... Si les parents s'en carrent le cul et laissent leur mouflet végéter devant TF1 absorbant insanités, violence et vacuité, le tout sans aucun garde-fou... il ne faudra pas s'étonner que l'élève soit réfractaire à la contrainte, l'autorité et le concept de respect altruiste.
Plusieurs pistes sont possibles... décloisonner les niveaux... (re)créer des classes "passerelles" aka des groupes dédiés à tel type de soutien (lecture, maths...), un éventail de paliers plus large et flexible... il faut également dédramatiser la notion de "doublement" et arrêter de croire que tous les élèves du XXIème siècle peuvent docilement et efficacement s'adapter à un seul et même schéma.

Je reviens à cette idée d'examen en fin de CM2, sésame obligatoire pour rejoindre le collège... Que va-t-il se passer quand Benoît va pour la seconde fois échouer à cet examen ? Il va rester trois, quatre, dix ans en CM2 ? Au bout de deux ans, on l'enverra en classe de 6ème et il n'est pas dit que ses lacunes soient comblées...
Avant cet examen, il faudrait surtout pouvoir identifier précisément les problèmes de chaque élève et trouver une solution... Parfois, l'élève a juste besoin de plus de temps et qu'on s'occupe plus individuellement de lui... Parfois, l'élève manque de concentration parce qu'ils sont trop nombreux en classe et que la tentation est grande de faire autre chose que d'étudier... Parfois, l'élève manque de repères et de limites à la maison et a donc du mal à accepter les règles de l'école qui diffèrent terriblement de celles auxquelles il est habitué.
Cette évaluation normative proposée par Jean-François Copé représente pour moi un pansement sur une jambe de bois. Un moyen illusoire de remédier à un mal bien plus profondément enraciné. On tourne autour du problème sans jamais s'y confronter directement... Il faut se pencher sur l'éducation parentale parfois bien négligente... Il faut se pencher sur les rythmes scolaires bien trop lourds pour une génération incapable de se concentrer efficacement plus de 20 minutes... Il faut se pencher sur la période hors-scolaire afin de continuer à éveiller les enfants quand les parents sont trop absents pour remplir ce rôle (mais là, il ne faut pas que ça soit l'école qui s'en charge mais notre ami l'état ou bien des mécènes philanthropes qui feraient mieux de filer des milliards à la collectivité plutôt qu'à un photographe malin)... Il faut se pencher sur d'autres méthodes d'enseignement... Il faut surtout arrêter de transformer l'école en garderie polyvalente géante...

J'ai bondi façon PanPan lorsque j'ai lu ce petit passage :
"Le directeur doit devenir un vrai «patron» qui recrute et évalue annuellement ses enseignants au regard du projet pédagogique défini en commun. En retour, les enseignants évaluent le chef d'établissement, qui est responsable de ses résultats."
Oh putain. PATRON. Sympa. L'école est en train de devenir une entreprise. (Euh... si l'école devient une entreprise, est-ce que je pourrais avoir un 13ème mois et un vrai salaire de cadre correspondant à ma quotité réelle de travail personnel ?)
Quant à l'idée que les enseignants évaluent leur chef d'établissement... je me roule par terre avant de me relever, brandissant mon petit panneau "Miroir aux alouettes".



Sur ce, je vais aller vénérer Pierre Bénichou, mettre du vernis et mater l'épisode 5 de la saison 4 de The Big Bang Theory. Des activités saines de vacances, somme toute, qui m'empêchent de penser que putain l'UMP devient de plus en plus un ascenseur pour les fachos.